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Rituels

Lune des chasseurs, lune des moissons : d'où viennent vraiment ces noms de pleine lune ?

5 min de lecture

Photo : cocoparisienne via Pixabay

Le 26 octobre prochain, la pleine lune d'octobre portera un nom qui revient religieusement chaque année sur les réseaux : la Lune des chasseurs. Juste avant elle, en septembre, c'était la Lune des moissons. Deux noms qui ont tout l'air d'un vieux calendrier amérindien transmis intact de génération en génération, gravé quelque part dans une tradition ancestrale. L'histoire réelle est un peu différente — et elle passe davantage par un almanach du Maine que par les grandes plaines.

Deux noms anglais, plus vieux qu'on ne le pense

Commençons par ce qui est vrai : « Harvest Moon » (Lune des moissons) et « Hunter's Moon » (Lune des chasseurs) sont d'authentiques expressions anglaises, et elles sont même plus anciennes qu'on ne l'imagine. Selon l'Oxford English Dictionary, la première attestation écrite de « Harvest Moon » remonte à 1706 ; celle de « Hunter's Moon » à 1710. Deux noms nés au tout début du XVIIIe siècle, dans l'Angleterre coloniale — pas dans un calendrier autochtone millénaire.

Leur origine, elle, est purement pratique. Avant l'électricité, la pleine lune la plus proche de l'équinoxe d'automne (la Lune des moissons) se lève quasiment à la même heure plusieurs soirs de suite, juste après le coucher du soleil — un supplément de lumière providentiel pour finir de rentrer les récoltes avant le gel. La pleine lune suivante, elle, éclairait plutôt les nuits de chasse et de conservation des viandes avant l'hiver. D'où son nom.

Photo : Oregongal via Pixabay

Le calendrier « amérindien » des 12 lunes : une reconstruction du XXe siècle

Ce qui est nettement plus récent, en revanche, c'est la longue liste de douze noms — Lune du loup en janvier, Lune de neige en février, Lune du castor en novembre... — présentée aujourd'hui comme un authentique calendrier amérindien transmis tel quel. Cette liste standardisée doit énormément au Farmers' Almanac (à ne pas confondre avec son concurrent, The Old Farmer's Almanac), un almanach américain alors basé dans le Maine, qui l'a popularisée dans les années 1930 en tentant de reconstituer un « calendrier autochtone ».

Sa source la plus probable : un ouvrage bien antérieur et assez éloigné du sujet, The American Boys' Book of Signs, Signals and Symbols, publié en 1918 par Daniel Carter Beard à destination des Boy Scouts of America. Ce livre proposait déjà une liste de « noms de lunes indiennes », inspirée d'un mélange de traditions de peuples de langue algonquienne du nord-est (Lenape, Narragansett, Wampanoag, Abenaki...), elles-mêmes filtrées par des siècles d'écrits coloniaux anglais.

Le problème, c'est qu'il n'existe pas UN calendrier lunaire amérindien : il y a des centaines de nations autochtones en Amérique du Nord, parlant des dizaines de langues sans rapport entre elles, chacune avec son propre système lunaire — des systèmes qui ne s'accordent pas forcément entre eux. La liste de douze noms qui circule aujourd'hui comme une tradition unifiée est donc un mélange : quelques traductions historiques réelles, des noms d'origine purement anglaise, et d'autres carrément inventés par les rédacteurs de l'almanach pour compléter le calendrier.

Photo : Long_Shadow via Pixabay

Petit bonus qui étonne à chaque fois : le fameux « blue moon », cette expression censée désigner une pleine lune rarissime, doit lui aussi sa définition actuelle (la troisième pleine lune d'une saison qui en compte quatre au lieu de trois) au même almanach du Maine, dans ces mêmes années 1930. Encore une « tradition immémoriale » qui a, en réalité, un acte de naissance bien précis.

Rien de tout ça ne rend le geste moins agréable, remarque : se donner un petit repère nommé chaque mois pour lever les yeux vers le ciel reste une jolie habitude, qu'elle vienne d'un almanach du Maine ou d'ailleurs. Simplement, inutile de la parer d'une ancienneté qu'elle n'a pas pour qu'elle garde son charme.

Pour la Lune des chasseurs du 26 octobre, pas besoin de grand cérémonial : sortir quelques minutes à la tombée de la nuit, observer cette lumière un peu plus généreuse que d'habitude, et noter une seule chose que tu es prête à laisser derrière toi avant l'hiver. La section Phases lunaires du Coin Mystique suit les huit phases du mois, pleine lune d'octobre comprise.

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